SDIS 58

Service départemental d'incendie et de secours de la Nièvre

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Témoignage du trinôme nivernais

Témoignage du trinôme nivernais

08 Avril 2010 à 17:50

L'équipe de trois sapeurs-pompiers nivernais qui a participé aux missions en Haïti témoigne de cette expérience de secours.

 

 

Lieutenant-colonel Norbert Berginiat –Médecin-chef du SDIS58

Après un voyage de 2 jours nous arrivons enfin à destination. Le sentiment prédominant dans le groupe est l’impatience, chacun a hâte de se mettre au travail et les discussions vont bon train. Mais dès la sortie de l’aéroport un silence pesant règne dans le bus. Au plus loin où se porte notre regard on ne voit que des maisons détruites et des amoncellements de gravas. Les gens vivent tant bien que mal au bord de ce qui fut leur habitat, sous bâches et, pour les plus chanceux, sous tentes. Au détour d’un carrefour, nous tombons sur une place regroupant des centaines de tentes. Une question me vient à l’esprit : dans quelles conditions d’hygiène vivent ces gens ?

 

Nous sommes affectés à un ancien hôpital privé, en partie détruit, reconverti en centre de soins et d’hospitalisation. Ces hospitalisations sont, là aussi, sous tentes. Port au Prince est un immense campement entouré de ruines !!! 


Mais malgré celà, bien que ces gens soient meurtris dans leur chair, qu’ils aient tous perdu un proche, ils sont souriants, accueillants, dignes dans leur souffrance. Un courage phénoménal et l’envie de s’en sortir prédominent.

 

Notre mission essentielle était de permettre que les soins soient poursuivis après notre départ. Nous constituions, en effet la dernière relève des équipes Françaises. Des contacts ont du être établis avec les équipes Américaines pour qu’elles effectuent le suivi des patients hospitalisés. Celà a permis des échanges très enrichissants. Une véritable connivence s’est établie entre soignants de différentes nationalités.


A notre départ, tous les patients pris en charge depuis le début de la catastrophe étaient assurés d’avoir un prolongement de leurs soins jusqu'à guérison. Outre le fait que celà corresponde à la mission qui m’a été confiée, c’est aussi pour moi en tant que médecin une grande satisfaction.

 

Cette mission a été pour moi, une grande expérience professionnelle et humaine.

 

Infirmière Cindy Humbert – SPV au centre de secours de Pouilly sur Loire

Nous sommes arrivés à l’aéroport de Port-au-Prince le 11 février. Nous avons été pris en charge et escortés par la Sécurité Civile jusqu’à l’Ambassade de France (c’est dans ses jardins que nous camperons pendant toute la mission).

 

Lors du trajet vers l’ambassade, il n’y avait pas beaucoup de bruits dans le mini-bus. Chacun observait avec désolation le triste « paysage » et se rendait compte de la catastrophe qui a frappé le pays. Un grand nombre de maisons étaient détruites, les gravats jonchaient le sol, les ordures et des eaux usées remplissaient les rues…Au milieu de tout cela, une population essayait de survivre. On apprendra plus tard que la terre a tremblé pendant un petit plus de trente secondes…tant de dégâts et surtout tant de victimes en si peu de temps…

 

Notre mission (à nous, trinôme de la Nièvre) a été d’intervenir dans un hôpital appelé CDTI. Avant la catastrophe, il s’agissait d’une structure privée. Depuis le séisme, des dizaines de personnes venaient quotidiennement y recevoir des soins dispensés par le personnel haïtien et par les aides des différents pays présents. Nous avons, chaque jour, rejoint cet endroit où nous avons effectué des pansements (d’amputation, de fixateurs externes et de plaies diverses plus ou moins graves). Nous avons également dispensé des consultations (pour une « simple » diarrhée ou au contraire pour des problèmes plus graves comme des crises de Paludisme par exemple). Enfin, nous avons également pris en charge des personnes hospitalisées (logées dans la cour de l’hôpital, dans des tentes où l’on pouvait trouver entre 8 à 12 patients). Nous avons travaillé avec d’autres trinômes SP de différents départements, des américains (et d’autres personnes d’autres nationalités) et, bien entendu, avec le personnel soignant haïtien qui réinvestissait peu à peu leurs rôles.

 

Ce qui m’a marqué dans cette mission c’est la dignité, la gentillesse, la patience et le sourire des haïtiens. La souffrance était omniprésente, beaucoup d’entre eux avaient perdu des proches, la plupart n’avait plus nul part où aller et pourtant on ressentait chez eux un formidable courage et l’envie de se reconstruire. Ce sont eux qui, chaque matin, nous accueillaient avec de grands sourires et prenaient soin de savoir comment on allait ou s’inquiétaient de savoir si on avait bien dormi !

 

Il y a tant à dire de ce drame, tant à dire de ce qu’on a vécu là-bas. Nous avons certes pansé des plaies, tenter d’apporter du réconfort à ceux qu’on a eu le bonheur de croiser, soigné certains d’entres eux et pourtant tout reste à faire pour que les haïtiens puissent reprendre le cours de leur vie.

 

Pour finir, je tiens à dire que je suis fière d’avoir eu l’honneur de participer à cette mission. Fière, non pas de ce que j’ai pu accomplir, mais fière d’avoir eu l’opportunité de rencontrer la population haïtienne. J’ai apprécié travailler avec d’autres équipes SP. La cohésion du groupe a été d’un grand soutien et a permis que chacun puisse donner le maximum de soi.

 

                   

Lieutenant Berkins Bien-Aimé – SPV et adjoint au chef de centre de Brinon sur Beuvron

 

Au retour d’une telle mission, on s’attache à faire état des gestes techniques réalisés. Après tout, n’est-ce pas ce que l’on nous demande ? C’était comment ? Qu’est-ce que vous avez fait ?
Notre mission s’est déroulée dans un hôpital de campagne installé dans la cour du CDTI – Centre de Diagnostic et de traitement intégré. 


Nous nous sommes intégrés dans un dispositif constitué de 3 à 5 trinômes français – un médecin, un infirmier et un secouriste. Nous avons fait des soins - essentiellement des pansements, en duo ou en solo, selon l’affluence. Nous avons aussi assisté nos médecins lors des consultations externes. Parlant couramment le créole haïtien, j’ai fait le lien entre les personnes ne s’exprimant pas en français et les membres de l’équipe...   


A côté de cela, il y a ces choses dont nous ne parlerons pas : Une courte conversation qui, soudain, fait sortir une victime de l’anonymat ; le bonjour reconnaissant d’un père ou d’une mère ; jouer avec un enfant durant cinq minutes et lui redonner le sourire ; être interpellé par des personnes, qui ne sollicitent pas des soins ou des médicaments, mais qui veulent juste demander de nos nouvelles, des sourires… La gentillesse et la dignité d’une population qui a connu le pire et qui a la force de lutter encore, de ne penser qu’à l’avenir…
Ce sont ces précieux instants que nous gardons cachés dans un écrin quelque part en nous, qui font d’une opération sanitaire, une vraie mission humanitaire… une leçon de vie !      

 

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